Gabon : la finance verte souveraine, entre ambitions climatiques et réalités régionale
Le Gabon multiplie les émissions obligataires sur le marché régionale de la CEMAC, où il vient de lever avec succès FCFA 173,5 milliards. En parallèle, le pays porte depuis 2022 un projet d’obligation verte souveraine, présenté comme potentiellement le plus important d’Afrique subsaharienne, pour financier sa transition hydroélectrique. Entre opportunité climatique, enjeux de crédibilité et positionnement géopolitique, l’analyse d’un dossier encore en gestion.
Le Gabon s’affirme comme un émetteur de plus en plus actif sur le marché obligataire régional. Son emprunt « EOG 2026 », lancé pour mobiliser FCFA 85 milliards destinés à financer des projets structurants et apurer une partie des créances commerciales intérieures, a été sursouscrit à 204%, avec 173,5 milliards levés, le Cameroun fournissant à lui seul près de 70% des souscriptions. Un signal de confiance pour la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC), dont l’encours de dette gabonaise a progressé de près de 30% en un an.
Ce succès s’inscrit dans un projet plus ambitieux, porté depuis 2022 par le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques : l’émission d’une obligation verte souveraine, estimée entre USD 100 et 200 millions, destinée au financement de centrales hydroélectriques. Ce projet ferait écho au à l’opération de « swap dette contre nature » de USD 500 millions déjà conclu par le Gabon en 2022 en faveur de la conservation marine, une première continentale. A ce jour, cependant, l’émission verte proprement dite reste conditionnée à des conditions de marché plus favorables et à la finalisation de la commercialisation des crédits carbone forestiers du pays.
Un capital naturel à valoriser
Deuxième pays le plus boisé au monde, le Gabon séquestre plus de carbone qu’il n’en émet et a généré 187 millions de crédits carbone, un atout rare pour asseoir la crédibilité d’une opération de finance climatique. Une obligation verte permettrait de diversifier les sources de financement au-delà des créanciers traditionnels, de capter les investisseurs ESG en forte croissance mondiale, et potentiellement de réduire le coût de la dette via une prime verte.
Des enjeux de crédibilité et de soutenabilité
Le principal défi reste celui du greenwashing. En effet, un label vert n’a de valeur que si l’usage des fonds est traçable et audité selon les standards reconnus, toutes choses que scrutent les investisseurs internationaux de plus en plus vigilants. Pour un pays encore producteur d’hydrocarbures, l’articulation entre discours vert et réalité budgétaire pétrolière sera examinée de près. S’y ajoutent la soutenabilité d’une dette extérieure représentant près de 29% du PIB, et la faible profondeur du marché des capitaux de la CEMAC, qui pourrait contraindre le Gabon à solliciter les marchés internationaux ou des bailleurs multilatéraux pour une émission verte de grande envergure.
Perspectives
Sur le plan géopolitique, réussir ce projet renforcerait le rôle de Libreville comme référence de la diplomatie climatique en Afrique centrale, dans un contexte de concurrence croissante entre émetteurs africains, l’Afrique du Sud envisageant elle aussi sa première obligation verte souveraine d’ici 2027.
Sur le plan financier, une émission réussie sur la BVMAC positionnerait la place régionale comme pionnière de la finance durable en zone franc.
Efine, sur le plan du développement, l’enjeu de fond demeure la capacité du pays à transformer sa rente naturelle en retombées concrètes (accès à l’électricité, emplois locaux, préservation des moyens de subsistance liés à la forêt), plutôt qu’en simple exercice de communication financière.
